Comprendre

 

« Le génocide n'était pas inévitable. Il aurait aussi pu être arrêté une fois commencé. Ce n'était ni une tempête, ni le résultat des forces impersonnelles de l'histoire. C'était le résultat de décisions politiques, prises par des hommes politiques (...). »
Alison des Forges, Audition à l'Assemblée nationale, le 16 juin 1998

Le Rwanda est un petit pays situé au centre de l’Afrique dans la région des grands lacs. Après un bref passage sous domination allemande, le « pays des milles collines » fut “donné” à la Belgique juste après la première guerre mondiale.

Avant la colonisation, le royaume du Rwanda était une monarchie dont le roi était Tutsi : c’était depuis plusieurs siècles un Etat-Nation dont les composantes démographiques (Hutu, Tutsi et Twa) éparpillées sur toute l’étendue du pays, partageaient la même langue, pratiquaient les mêmes coutumes et une même religion. Tous ces éléments (langue, coutumes, religion, territoire commun) qui entrent habituellement dans la définition du concept d’ethnie étaient donc partagés de manière uniforme par toute la population. Ainsi, contrairement aux clichés, les Twa, les Hutu et les Tutsi ne formaient qu’une seule ethnie, celle des Banyarwanda. La notion classique d’ethnie n’est donc pas pertinente dans le cas du Rwanda. Les groupes Hutu, Tutsi et Twa étaient plutôt des catégories socio-économiques, liées aux différentes activités (agriculture, élevage, chasse et artisanat) avec des possibilités de passage de l’une à l’autre.

Mais les Allemands, puis les Belges ne voyaient pas la réalité ainsi. Dans la logique du projet colonial, ils ont entrepris, à partir des années 1930, d’appliquer au Rwanda les thèses du racisme “scientifique”, alors en totale déliquescence. Ils vantaient la “supériorité génétique” des Tutsi. Le mythe est ainsi lancé, les Tutsi seraient une « race supérieure nilo-sémitique » descendant des Egyptiens, et proche des Européens, alors que les Hutu seraient de type bantou, de vrais nègres africains, un peu « gentils, lourds et simplets ». Les colonisateurs Belges, avec le soutien de l’Eglise Catholique omniprésente au Rwanda, décident donc de se reposer sur l’aristocratie tutsi, qui représentent moins d’1% de la population, pour administrer le pays (les paysans tutsi, représentent quant à eux, entre 3 et 60% de la population suivant les endroits). Vient ensuite la brillante idée de créer la fameuse « carte d’immatriculation » où figure « la race » décrétée arbitrairement par les Belges : Hutu, Tutsi ou Twa. A la fin des années 50, les Belges se heurtent au désir d’indépendance des intellectuels tutsi et à leur volonté d’instaurer la laïcité alors que le Rwanda avait été dédié au « Christ Roi ». Les Tutsi deviennent du jour au lendemain un peuple "arrogant". Après avoir soutenu les Tutsi pendant 40 ans, l’autorité coloniale découvre opportunément un « menu peuple » Hutu opprimé par des « féodaux » Tutsi. Dès lors, les Belges vont cautionner la lutte du « peuple majoritaire » Hutu et financer son ethnisme avec l’aide de l’Eglise Catholique. Croyant ainsi racheter leur culpabilité passée, les “démocrates chrétiens” s’enfoncent ainsi dans une autre voie funeste. Les premiers massacres de Tutsi ne vont plus tarder...

Au cours des années 1960, le nouveau gouvernement “indépendant” Hutu a lancé des attaques cruelles contre la population Tutsi du Rwanda, qui eurent pour conséquence un exode massif vers le Burundi, la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya et le Congo voisins. Pour la première fois dans l’histoire du Rwanda, une fraction importante du peuple rwandais devient apatride et est ainsi privée du droit de résidence dans son pays. Pour la première fois dans la longue histoire du Rwanda, les leaders politiques rwandais ont prêché la division, la haine raciale, et la violence à l’encontre de la population, ayant pour résultats des vagues répétées de massacres à caractère génocidaire contre la population tutsi de 1959 à 1967.

En 1990, au début de la lutte pour la libération du Rwanda par le Front Patriotique Rwandais (FPR, luttant pour permettre le retour des expatriés), le gouvernement a lancé une nouvelle vague de massacres. C’est la même année, à la suite d’un débat parlementaire mouvementé sur la situation au Rwanda et l’implication de la Belgique, que l’opinion publique belge bascule, et pousse au retrait le gouvernement, qui n’avait plus de toute façon les moyens de sa politique impérialiste. Ce territoire laissé libre est une aubaine pour la France qui n’hésite pas une seconde à y installer son armée. Le Rwanda représente pour elle une pièce maîtresse sur “l’échiquier” africain, notamment afin de contrôler le Zaïre voisin, et ses immenses richesses. C’est donc en 1991 que la France intervient pour la première fois officiellement afin d’aider le gouvernement du dictateur Habyarimana à repousser les attaques du FPR. L’armée française n’a bien sûr pas fait que passer. Une fois installée, elle est restée.

« L'enfant Juif gazé ou l'enfant Tutsi égorgé sont tués parce qu'ils sont nés Juif ou Tutsi. Leur appartenance à l'humanité est, au regard de cette qualité, niée par leurs bourreaux. Dès lors, c'est toute l'humanité qui est fondée à réclamer justice en leur nom. »
Robert Badinter, Préface à La Cour pénale internationale

 

Le Génocide

Entre avril et juin 1994 plus d’un million de personnes ont été tuées au Rwanda parce qu’elles n’appartenaient pas à la « bonne race ». Les Tutsi, repérés par les fichages ethniques officiels (cartes d’identité) ou “au faciès” (selon les stéréotypes répandus) ont été systématiquement tués, des vieillards aux nourrissons. Le viol et la torture avant la mise à mort ont été systématisés. Les opposants Hutu qui ne souhaitaient pas participer au génocide ont également été sauvagement massacrés.

Le 7 avril 1994, la nuit est donc tombée sur le Rwanda, après cette opération Amaryllis (qui avait pour but officiel d’évacuer les ressortissants étrangers du Rwanda) pendant laquelle les légionnaires et les paras français se déplaçaient au milieu d’un bain de sang. Les tueurs en action, militaires et miliciens qu’ils avaient formés, les saluaient avec respect, fusils ou machettes au poing. Les « comités d’autodéfense populaire », fruits de la coopération militaire franco-rwandaise, se livraient sous leurs yeux, dans la connivence, à l’extermination des civils.

A la fin de l’opération Amaryllis, le tri était fait. Les Blancs étaient évacués. On avait tiré le rideau. Les responsables français avaient clairement donné leurs consentements aux tueurs en laissant faire. Les massacres pouvaient alors se développer dans tout le pays, sans témoin étranger, dans « la nuit rwandaise »… Il s’agit de l’abandon d’une minorité désarmée, l’abandon à l’holocauste de civils. Un holocauste prévu par ceux qui organisaient leur abandon.

 

L’implication française

« Dans ces pays là, un génocide c’est pas trop important »
Confidence de François Mitterrand à des proches au cours de l’été 1994, rapportée dans Le Figaro du 12 janvier 1998

La question de la complicité de la France dans une telle horreur reste difficile à concevoir. C’est presque une question de bon sens : comment des dirigeants honorables et respectés aurait-ils pu s’engager dans une telle abomination, après la Shoah, après le « Plus jamais ça » unanime des nations ? Mais malheureusement les faits sont là, difficilement audibles, mais véridiques. La France est impliquée au plus haut point dans ce génocide. Comment ?

De 1990 à 1994, des membres de l’armée française ont aidé à former l’armée officielle rwandaise, 100 % Hutu, en la faisant passer de 5000 à 50000 hommes. Cette armée a bien sûr besoin d’armes, de matériel, de logistique… pas de problème, la France pourvoit très bien à ces besoins. C’est ensuite cette armée, bien entraînée et équipée par la France, qui va organiser, encadrer et perpétrer, avec l’aide des miliciens et d’une grande partie de la population, les massacres et le génocide.

Pendant le génocide, la France va continuer à soutenir politiquement, financièrement, et matériellement le gouvernement rwandais alors même que celui-ci est en train d’éliminer la population Tutsi vivant au Rwanda. Ainsi les dirigeants français ont reçu à l’Elysée et à Matignon les représentants de l’Etat génocidaire rwandais le 27 avril 1994, alors que celui-ci procédait depuis plus d’un mois à l’élimination des Tutsi.

Finalement, à la fin du génocide grâce à la fameuse opération Turquoise, faussement qualifiée « d’humanitaire », la France va réussir à faire évacuer vers le Zaïre les principaux génocidaires qui avaient contribué à la planification et à l’organisation des massacres. Aujourd’hui encore l’Etat Français participe activement au négationnisme et au révisionnisme.

On peut donc retenir de tout cela que pour les autorités françaises, comme l’a dit le président François Mitterrand, « dans ces pays-là, un génocide c’est pas trop important ». Non, ce qu’il faut réellement retenir, c’est qu’un génocide de cette ampleur - plus d’un million de mort - n’aurait pas pu avoir lieu sans un soutien infaillible et inconditionnel de la France !

Comment est-ce possible ?!? Comment se fait-il que nous ne soyons pas au courant ? On ne peut pas accepter ça ! Nous ne pouvons accepter d'être tenus dans l'ignorance, ni que de tels actes soient commis en notre nom par le gouvernement français, et donc que des personnes que nous avons élues soient co-responsables de la mort d'un million de personnes. Malheureusement la France continue, aujourd’hui comme hier, de soutenir des dictateurs qui oppriment de façon sanglante les peuples africains.

C’est notre devoir de (ré)agir et de dénoncer cette politique criminelle de la France en Afrique. Car c’est seulement lorsque nous jouerons pleinement notre rôle de citoyen en disant à notre gouvernement : « Non ! Nous ne voulons plus que l’on tue ou laisse tuer en notre nom ! » que nous pourrons espérer avoir des relations internationales plus justes, des relations internationales qui ne puissent plus mener à un génocide.

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